Une journée avec Adèle (partie 1)
Exceptionnellement, la journée d’Adèle ne sera pas écrite par Adèle. La rédaction de ce site pense qu’il est important de présenter l’information de manière impartiale et souhaitait donner la parole à l’axe du mal, autrement connu sous l’appellation de « parents ». Les propos tenus n’engagent que leurs auteurs. Nous tenons également à prévenir notre lectorat le plus sensible que certaines situations décrites ici peuvent heurter.
« Papa ? Papaa ??? PAPAAAAAAAA !!!!!! »
Il est 6h du matin. Adèle ne nous laisse que deux chances de nous lever avant de s’énerver. Encore fourbus de la journée d’hier, le réveil est difficile. Brutal. Le ton de la voix ne laisse aucun doute. Une colère latente est prête à éclater nos tympans. D’un pas hésitant, je me dirige vers la cuisine pour préparer le biberon matinal.
« Papaaaaaaaaa ??? »
Le micro-onde indique d’une sonnerie stridente que le breuvage est enfin à la température désirée. Il est temps d’aller ouvrir la porte de la chambre. Là, tapie dans la pénombre, assise dans son lit, la tornade attend. Sans un mot, elle s’allonge, contrite par le délais insoutenable, tend les bras et saisit le biberon d’un geste énergique. Le calme et le silence reviennent. Un glouglou régulier rappelle qu’il n’y a que quelques minutes, un drame aurait pu se produire. Déjà englouti, le contenant est éjecté manu militari. Deux mains se hissent hors du lit, demandant désespérément un câlin. Le lecteur attentif a sans doute noté qu’un seul parent a été appelé. En effet, Adèle sait qu’aucune aide matinale ne sera possible de la marmotte, cachée sous un empilement savant de couette et d’oreillers. Il est donc de mon devoir de libérer le fauve.

Il est 6h07 et la chouquette sauvage est en liberté.
Et déjà, je m’en veux. Pas plus tard que la veille, je trouvais charmant le fait de lui apprendre à se servir d’une poignée de porte. Maintenant qu’elle a saisi le principe, je regrette. La porte de la chambre ne lui résiste pas longtemps, la voilà déjà à courir dans le couloir : « A-aa-a-a-aaaaaaa-aaaa » crie-t-elle avec la démarche souple et délicate d’un pachyderme asthmatique enrhumé. Elle se retourne, voit ma tête fracassée par le manque de sommeil et éclate de rire. On repassera pour la compassion. La première catastrophe est déjà en préparation. Un verre rempli d’eau a été oublié sur le bord de la table. Assoiffée, Adèle se hisse sur la pointe des pieds. D’un geste délicat, rappelant les effets de l’ouragan Katrina, le verre et son contenu sont amenés à rejoindre le sol. Quelques gouttes moribondes décident toutefois de terminer leur voyage sur la chouquette. Là encore, un avertissement sonore, des vibrations subtiles, une douce mélopée s’échappent de la bouche de l’enfant adorée. C’est sans aucun doute une déformation de mon audition qui transforme le tout en un cri bestial, un déchirement dinosauresque.
Il est 6h08 et Adèle désigne ses fesses en disant « Caca ».
Par soucis de préservation de l’innocence de notre lectorat, l’épisode suivant n’a pas été autorisé à la publication. Pour donner une idée de l’horreur de la scène, sachez qu’un nombre incalculable de retournements de situation ont amené tous les vêtements des participants dans la machine à laver. Voilà maintenant qu’elle joue seule. Il est temps pour moi de faire couler un café et me poser dans un coin.

À 7h18, Judith dort encore. Pétris de compassion, je décide de mettre la chouquette sur le lit. Telle un missile guidé infra-rouge, elle détecte sa cible et lui partage sa joie de vivre d’une caresse sur la joue. Baaaaam, Judith est réveillée. Il faut maintenant se presser car la journée va commencer. Il faut habiller Adèle, qui se montre relativement coopérative, tendant le bras quand il faut. « Chuuurrrr » demande-t-elle en tendant ses chaussures. Nous lui redemandons confirmation et elle hoche la tête vigoureusement. Le lecteur attentif remarquera sans doute qu’il n’a pas été fait mention d’un petit déjeuner. Adèle n’est pas un lecteur mais est attentive et rappelle à la maisonnée l’affront insupportable.

Il est 7h26, et c’est l’heure du yaourt aux fruits. La cuillère suit une trajectoire hasardeuse du bol vers la bouche, mais le geste est décidé. Une partie finira dans les cheveux, sur les vêtements, sur le sol fraîchement lavé, mais l’essentiel sera englouti. Après de multiples ravitaillements organisés de main de maître par le 511e régiment du train, la chouquette est rassasiée. Les quelques 4329489 vaches impliquées peuvent reposer leurs pis.
Il est 7h45, il est temps de partir pour la garderie.
(suite dans la partie 2)

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