Je montre aux Parisiens comment chasser le bison
Mais dis donc, ça fait un sacré moment qu’on ne s’est pas parlé ! J’en suis désolée car j’ai vraiment beaucoup de choses à vous raconter. Par exemple, ça y est la neige de janvier est vraiment restée. Il a fallu que j’apprenne à me déplacer autrement. La petite poussette toute fragile n’a pas aimé prendre les bancs de neige. Vous auriez dû voir mon père arcbouté derrière, soufflant comme un bœuf, poussant, poussant. Pour 10 centimètres. Bravo champion, plus que 800 mètres comme ça et on y est à la garderie. Bref. Heureusement, j’ai une mère avec plus que deux neurones et demie, qui m’a trouvé un traineau. D’un coup, ça va beaucoup plus vite. Par contre, on va pas se mentir, le petit flocon qui descend dans ton cou, ou l’espèce de mistral qui te balance la neige en plein dans la tronche, ça j’aime beaucoup moins. Et quand j’aime pas, je le fais savoir.

Le grand évènement de janvier, ça reste quand même l’arrivée de mon tonton Bruno et de sa chérie Maud. Les fameux parisiens susmentionnés dans le titre. Dès qu’ils ont ouvert leurs valises, je savais qu’on allait bien s’entendre. J’ai entrepris directement des fouilles approfondies (comprendre: j’ai éparpillé tous les vêtements en balançant le tout sans ménagement à droite et à gauche) puis j’ai finalement trouvé l’objet parfait: une paire de tongs (en français d’icite, ça donne: gougoune). J’ai attrapé le tout et je me suis carapatée dans le salon. J’ai arraché mes chaussettes et ai essayé d’enfiler ces étranges chaussures. Ça n’a pas donné grand-chose. Heureusement que les deux nouveaux copains sont d’accord pour m’accompagner dans mes bêtises !



À peine arrivés que déjà ils m’abandonnent. Vous le croyez, ça ? Un matin, je me lève comme d’habitude vers 6h. Je râle pour avoir mon biberon, normal. On me fait des câlins, là aussi, normal. Je vais courir dans le salon et réveiller tout le monde, comme à mon habitude. Bruno et Maud m’habillent et m’emmènent à la garderie. Là, sans prévenir, ils montent dans la voiture pour partir en randonnée. Comme ça, sans prévenir, sans m’amener avec eux ! Ils ont pris la route en direction de Sutton pour aller marcher dans la neige. Comme s’il n’y avait pas assez de neige ici à Montréal …






Malgré tout, ils ne m’ont pas totalement oubliée. Un soir, c’est la surprise. Alors que je m’attendais à rentrer à la maison comme d’habitude, et bien non. On me arnache dans la voiture en direction des Laurentides pour aller au chalet. J’y retrouve une couverture « chaaaaaaaaaaaaaat » (un des mots que je sais dire), on teste la tire (comprendre: un filet de sirop d’érable dans la neige que l’on enroule sur une fourchette) et surtout on essaie les glissades. Cela consiste en une chambre à air lancée du haut d’une montagne. Vous connaissez le Canada ? Bon, et bien les chambres à air, c’est pour 8 personnes. Est-ce que j’ai aimé ? La descente, oui. Surtout quand mon père se mangeait la neige qui volait pour me protéger le visage. La montée en attendant dans le froid, moins.

On a bien rigolé au chalet. Bruno a essayé de faire un feu. Il est meilleur à faire des câlins qu’à chauffer une maison, mais on l’aime bien quand même. Maud m’a appris à faire la cuisine, enfin, à me laisser manger ce qui traîne. Juste avant de rentrer sur Montréal, nous nous sommes quand même arrêtés pour aller chasser le bison.




Ce qui est bien dans la chasse aux bisons, c’est que je rencontre enfin un animal à ma mesure. Non, je ne parle pas de ma bedaine confortable. Les deux du fond qui ont rigolé, j’ai vos noms, j’espère que vous courrez vite. Donc, disais-je avant d’être grossièrement interrompue, le bison est à la hauteur de mon talent. On se ressemble, on se comprend. On aime être dehors, mais on aime pas le vent. Quand on décide d’aller à un endroit, y a pas grand-chose qui nous en empêche. Quand on comprend la bête, on devient un fin chasseur. Voici donc mes conseils. Attendre dans une poussette dans un parc naturel que le bison vienne. Agiter les bras dans tous les sens, parce que la grosse tête vous souffle dessus et que c’est pas top. Lui balancer le pied dans le museau. Appeler un chasseur. Voilà. C’est pas plus compliqué que ça.

Les vacances avec Bruno et Maud touchent déjà à leur fin. Le mois de janvier qui a été particulièrement doux se rappelle que c’est l’hiver et le mercure descend sous les -40°C. Les nez coulent, la neige devient une espèce de poudre horrible qui vole dans le cou: ostie de tabarnak de neige de marde. Je les cherche dans l’appartement, mais ils sont déjà repartis vers Paris. Au moins, je retiens la chanson qu’ils m’ont inventée: « Ouais, Ouais, Ouais, tu t’appelles Adèle ». J’en plie les genoux de plaisir !

On reviendra avec plaisir chanter les comptines d’Adèle !
Minette chatounette
D’où vient tu ?
Du bois
Qu’apportes tu ?
Des petits chatons
Comment sont-ils ?
Tout gris, tout gris, tout gris
De mon côté c’est la famille tortue qui me reste en tête et dont je me souviens enfin des paroles !
On lui répète la chanson que vous avez inventée aussi. Elle marche toujours aussi bien !