J’ai été punie. Le retour du complot.
Vous n’êtes sans doute pas sans vous rappeler mon surnom de « Princesse de la garderie ». Figurez-vous que de sombres évènements sont venus ternir ma réputation. À qui profite le crime me direz-vous, et bien c’est là que je pense que le complot est de retour. On cherche à me faire taire, je ne vois que cette explication. Voyez-vous, l’autre jour j’ai été punie à la garderie. Deux fois.

Toute petite déjà, je témoignais avec force mon amour à mes parents, et quand je dis force, c’est que je ne repartais jamais d’un câlin sans une touffe de cheveux ou de poils. Une sorte de trophée, une preuve héroïque de ma capacité à aimer. Plus tard, il m’est arrivé, toujours dans un but de découverte et de science, d’utiliser les muscles pour lire des livres ou admirer une plante. Je fais des échantillons de pages et de tiges, que je collectionne à côté des restes de pilosité susnommés. Bref, en quelques mots, j’ai beau être mignonne, faut pas me les briser.

Le contexte étant posé, il est temps de revenir sur un épisode récent, chez Lili et Oli, un café charmant de la rue Wellington accueillant bambins et buveurs de café avec joie. Qui dit enfant, dit jeu. Moi, j’aime particulièrement les jouets, pas nécessaire les miens, et j’aurai même tendance à dire que ceux qui ne sont pas en ma possession immédiate exercent une certaine attirance sur moi. D’autres enfants vaquaient à leur tâche dégradante, consistant essentiellement en reniflage, couinement et tentative maladroite de vouloir faire rentrer le cube dans l’espace rond de la planche. Des gentils diront nous, mais nous ne sommes pas là pour juger. Il y avait dans ce lieu donc un jouet en particulier qui me plaisait: une caisse enregistreuse en bois. D’un pas assuré maintenant que je sais marcher, je me dirige vers ledit objet quand tout à coup un des morveux se dirige vers moi.


Premier réflexe, je sécurise l’objet. Seconde étape, je balance mon poing dans la tronche de l’intrus, histoire de marquer le territoire. On parle d’un enfant de deux ans, plus grand et plus solide, mais je n’ai pas peur. La gamine est surprise. Elle me tend ainsi un jouet, symbole de soumission à la princesse délicate et compréhensive que je suis. Bon, moi, je m’en fous de son truc pourri. Donc bam, elle se prend le retour du poing dans la gueule. Dussé-je dire qu’à ce moment-là, mes parents sont partagés entre la honte ultime et le rire.

Je pense que vous comprenez maintenant ce qui est arrivé à la garderie.
Il se pourrait en effet que dans le feu de l’action, il m’arrive d’utiliser des moyens de destructions non autorisés par la convention de Genève. Il y en a une notamment à la garderie qui m’irrite régulièrement et quand ce n’est pas elle qui me griffe, c’est moi qui la bastonne. J’ai donc été punie. Deux fois. Et j’en suis sûre, c’est de la faute de la petite crevette. D’ailleurs mon éducatrice l’a bien dit à mes parents: « on a été obligé de la punir car elle frappait Clara, et le pire c’est qu’elle rigolait en le faisant ». Comme on dit, quand vous faites le mal, faites le bien.



Il ne faudrait quand même pas noircir le tableau. Je reste toujours la préférée de la garderie, et sais dompter le Hulk qui sommeille en moi. Je fais des câlins et maintenant, je joue avec les autres enfants. Faudrait juste pas qu’ils se mettent à croire qu’ils peuvent me chourer mes jouets, car là, je ne réponds de rien. Ceux qui disent que la violence ne résout rien, c’est qu’il n’ont pas tapé assez fort.



[Note de la rédaction: aucun enfant n’a été blessé durant les évènements mentionnés. Enfin, presque pas]

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