Il n’y a pas que moi qui marche à quatre pattes

Il n’y a pas que moi qui marche à quatre pattes

Il est de certaines vérités qui dérangent. Voyez-vous, depuis le début que je vous parle, je tente de vous ouvrir les yeux face à la réalité du monde. On nous cache des choses. Est-ce les reptiliens ? Les illuminatis ? Je vous laisserai conclure et faire vos propres recherches. Je pense cependant avoir mis le doigt (et c’est vraiment dur de n’utiliser qu’un doigt, il faut beaucoup se concentrer) sur un complot mondial. Tous les grands vous le dirons, c’est sur ses jambes qu’on se déplace. Et bien moi, j’en suis certaine, on devrait tous faire du quatre pattes, comme moi.

Mes parents m’ont emmenée dans un lieu étrange, pas très loin de la maison, qui sent la paille, le musc et un autre truc qu’on pourrait retrouver dans ma couche les jours où je mange trop de framboises. D’ailleurs, maintenant, j’ai des dents, je marche à quatre pattes et je sais me tenir debout (avec l’aide d’une table basse, d’un canapé ou de tout autre dispositif à portée de main). Mais revenons à nos moutons, car oui, il s’agit bien de moutons. Nous sommes à la foire agricole de Sainte-Hyacinthe. Ce qu’il faut vous dire concernant les foires agricoles, c’est que c’est un peu ambivalent. D’un côté, il y a des gens qui aiment les produits locaux, le savoir-faire, l’innovation avec de nouveaux produits bio, le soin apporté aux bêtes. Eeeeeet d’un autre côté, c’est aussi une compétition de tracteurs modifiés pour savoir lequel tirera une masse énorme et passera la ligne d’arrivée le plus vite. On s’égare, revenons aux quatre pattes.

Mon père, ce grand malade, a voulu me présenter un truc dont la tête était plus grande que moi. Ce n’est pas naturel, c’est louche. Ils répondaient aux noms barbares de Percheron, Belge, Boulonnais. Des engins du diable, si vous voulez mon avis. Je n’ai pas aimé. Pas du tout. Quand leurs gros naseaux viennent vous souffler sur la tête, beurk. J’ai quand même mis la main sur une encolure, mais c’était parce que je n’avais pas vu la tête. À peine ma mimine posée, le suppôt de Satan a tourné sa tête vers moi. J’ai beau être vaillante, il se pourrait que j’ai lâché une larme ou deux.

Heureusement, ma mère est un peu plus intelligente que l’autre barbu (enfin, barbu, vous avez vu les trois poils duveteux qu’il appelle barbe ?). Elle avait repéré un grand hangar dans lequel les enfants pouvaient toucher à des bébés lapins. Là, on rigole. Là, on peut attraper des trucs. La madame qui animait le stand a légèrement hésité quand elle a vu mon enthousiasme, et par enthousiasme, comprenez ma soif de connaissance à savoir si les oreilles et la tête étaient bien solidaires ou non. Bah quoi ? Ça se teste, non ?

Nous sommes allés ensuite dans un enclot avec des chèvres, des moutons (les fameux qui nous font revenir) et … un mini-cheval, encore une de ces créatures de l’enfer, non mais ce n’est pas possible ! Pendant que Belzébuth restait cloîtré dans son box, je pouvais m’adonner à mon activité favorite: la science. Saviez-vous par exemple que les cornes des chèvres sont tout à fait solidaires de la tête dudit animal ? Ou qu’avec la force appropriée, il est possible de garder de la laine de mouton dans ses mains ? Et bien, maintenant, moi, je le sais. Après avoir donné le torticolis à l’animal de compagnie de Monsieur Seguin (qui a fuit lâchement quand mon père m’a forcé à desserrer mon étreinte) et avoir soulagé ce pauvre mouton avec tous ses poils en été, il était temps de passer à plus gros. NON pas des chevaux.

Il manquait un herbivore au paysage, celui que je préfère. Vous ne le savez pas encore, mais je n’aime pas la purée, même celle faite maison par Papa ou Maman. Non, à part les framboises, j’adore le bœuf bourguignon. Alors, imaginez mon excitation quand j’allais enfin rencontrer la source de tout ce plaisir: un bœuf de 900 kg. Ça en fait un sacré paquet de bourguignon ça, 900 kg de barbaque. Un peu plus loin, c’était la stalle des charolaises, puis des normandes, et enfin des limousines (Papa, n’envisage même pas de faire une blague sur les voitures, NON, éloigne toi du clavier douuuuuuucement). J’ai pu flatter la bête, et pour une fois, pas de grosse tête démoniaque qui souffle sur ma coupe de cheveux.

Ok, c’est pas si mal

Ah et j’ai pu mangé du bison, du porc braisé. Et des framboises. Et du concombre. C’est bon le concombre. Et des fraises, c’est bon ça les fraises. Et mon bœuf bourguignon, c’est pour aujourd’hui ou pour demain ?

Adèle Jardat Matry

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