Brigadier Chouquette au rapport

Brigadier Chouquette au rapport

Les amis, la situation est grave. L’ennemi a encore déplacé le biberon à une distance inatteignable. J’ai beau me contorsionner, me tourner, m’étirer, rien à faire, ça ne passe pas. Jusque là, j’effectuais des roulades latérales sur le flanc. Ou dit autrement, je me déplaçais comme on roule un tapis. Et bien, les limites de ce mode de déplacement sont claires, je ne peux pas attraper ce biberon. Il va falloir trouver autre chose, il va falloir transpirer. Vous savez comme j’aime l’effort et la transpiration, alors accrochez-vous, car aujourd’hui, je rampe.

On ne pas se mentir, les débuts laissaient craindre le pire. Il faut dire que c’est pas évident cette histoire. J’ai quatre extrémités qui dépassent de mon corps, deux bras, deux jambes, jusque là, tout le monde suit, on est fait pareil. Le truc, c’est qu’il faut que le tout travaille ensemble. Pour le moment, je suis super forte pour agiter un bras, donner un coup de pied dans la zone sensible de mon père quand il change ma couche, ou recoiffer ma mère par touffes de cheveux. Facile. Apparemment, il va falloir utiliser un côté puis l’autre, en coopération avant-arrière. Tudieu, pas évident le bouzin.

Les deux guignols n’aident pas vraiment. Au lieu de proposer des conseils, ils sont là, collés à moi comme des moules sur un rocher à me balancer des « C’est bien ma chouquette, continue ! ». Continuer quoi ? Je comprends pas ce qu’il faut faire ! « Aller, vas-y, tu peux le faire ! » Ça, j’en doute pas, mais ça vous dérangerait pas de me dire quoi ? Aucun espoir de ce côté-là, je vais encore devoir me débrouiller toute seule. Je vous rappelle quand même que l’objectif; c’est de récupérer du ravitaillement. La bouffe, c’est important pour le moral des troupes. Et moi, j’ai beaucoup de moral.

Je crois que je tiens quelque chose. Quand je plie un genou, que je plante mes orteils sur le tapis et que je pousse un max, je me rappe le visage sur le sol. Note pour moi-même, lever la tête, c’est mieux. Intéressant tout ça, mais je tourne en rond. Quand je me mets en sphinx et que je pousse avec l’arrière-garde, les bras avancent naturellement. Incroyable. Un vrai bulldozer. D’abord timidement, puis par répétitions, inarrêtable. Droite, gauche, droite, gauche. Le parcours du combattant, et hop, je le tiens ce satané biberon.

Si on résume, je dispose de nombreuses solutions de déplacement: l’agilité de la chenille couplée à la ruse du renard et la vitesse du saumon de rivière, autrement dit, je rampe. Je peux aussi me faire promener dans la poussette malocucu: une petite poussette pliable, pratique pour mes parents mais à chaque changement de plaque de trottoirs, c’est l’enfer. Il y a également la kicourvite, une grosse poussette derrière laquelle mon père transpire comme un bœuf tout en croyant qu’il va vite. J’utilise de temps en temps les bras de ma mère, mais ça ne dure jamais assez longtemps, tout comme le porte-bébé. Une question de poids paraît-il. Une question de manque de muscle, oui ! Enfin, et c’est sans doute ma préférée, le chevauche-papa. Je m’accroche sur les épaules de mon père, je lui arrache les cheveux pour accélérer, je lui tambourine la face pour freiner, et quand j’en ai marre, je me penche, lui attrape ce que je peux, un nez, une oreille, un morceau de lèvre, j’y plante mes ongles et je tire. J’A-DO-RE.

Comment ça, on peut se servir de ses pieds aussi ? Vous n’êtes pas malades ? Utiliser mes petits pieds si doux qui attrapent tout sur le sol ? Non. Jamais de la vie.

Xavier

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