C’est sûr, ils veulent m’empoisonner
Il paraîtrait que le monde ne tourne pas autour de moi. Je crie à la fake news les amis. Bien sûr que je suis le centre du monde. Vous voulez une preuve, et bien regardez. Il est une heure du matin, bon, j’ai le sommeil léger, vous connaissez la chanson. Notez bien qu’on m’a laissé cinq tétines dans le lit, hein. Je me lance dans une série de vocalises. J’attends que l’autre nigaud se pointe, la tête enfarinée de sommeil et hop je pousse une des tétines dans le vide avec la délicatesse d’un panzer dans les Ardennes. Croyez-le ou non, il va se baisser, la ramasser, et me la remettre dans la bouche pour me calmer. Si ce n’est pas la preuve que c’est bibi la patronne, je ne sais pas ce qu’il vous faut.
Attendez, il ne l’a pas lavé la tétine avant de me la remettre dans la bouche ! MAIS C’EST DÉGUEULASSE ! HEY, LE NIAIS REVIENS LÀ, ON A PAS EN A PAS FINI TOUS LES DEUX !

On en étais où, déjà ? C’est à dire que je vais sur mes 8 mois, je ne suis plus toute jeune. Ma mère n’arrête pas de me dire que j’ai passé plus de temps dedans que dehors. Certes, mais maintenant je fais 10 kilogrammes. On parle d’une belle bête là. Enfin, je me disperse. Je voulais vous entretenir d’un fait de la plus haute importance. Je suis quasiment certaine que PimPim et PoumPoum essaient de m’empoisonner.
L’autre jour, que je vous peigne la scène correctement. Bon, j’étais là, assise sur mon tapis. Ah oui, je tiens assise maintenant. Donc, les fesses tranquillement posées pour résister à la brise légère, je jouais délicatement à décapiter une peluche d’oiseau. Une activité somme toute innocente. Là, le drame arrive. Cela faisait un petit moment que je ne les entendais plus. Et vous savez comment c’est les parents, c’est quand on les entend plus qu’il faut se méfier, c’est qu’une bêtise est en route. Ça n’a pas loupé, la madame à lunettes se rapproche avec un sourire suspect, et un bol. Elle me tend une cuillère remplie d’une purée d’une couleur clairement coupable. Je tends un bout de langue. Baaaaa, mais c’est ignoble ! À moi ! À l’assassin !
Elle a sans doute dû lire dans Maman Magazine un truc comme quoi il faut me laisser expérimenter par moi-même, toucher la nourriture, tout ça, tout ça. Elle laisse donc le bol sans surveillance devant moi. Ni une ni deux, je ventile, je disperse, j’éparpille façon puzzle la purée. Rien que pour la tête de mon père quand ça atterrit sur son beau canapé, ça valait le coup. Mouahahah, il ne fallait pas essayer de me tuer avec votre purée de carotte et patate douce. Rendez-moi mon biberon, diantre !
Si seulement tout s’était arrêté là. Mais non, ils ont récidivé. Cette fois-ci, le grand au regard perdu m’accroche dans une chaise surélevée. Belle vue de là-haut soit dit en passant. Il s’approche avec un morceau de banane. De banane. Je t’écrase ça de la main et direct dans ses cheveux, non mais. Ensuite c’est autour de la maman d’arriver avec des céréales écrasées, même pas en rêve, circulez, hop, y a rien à voir. De l’avocat ? Pareil. La petite compote de poire et pomme maison ? Itou. Je vous le disais, ils veulent ma mort. Ils me la rejouent façon Socrate, moi je vous le dis.

Il faut leur reconnaître quelque chose, quand ils ont une idée en tête, ils ne lâchent pas l’affaire. La madame avec ses cheveux longs, dans une tentative désespérée, me tend un Puff. Un biscuit en forme d’étoile à base de riz et de pêche. Une croquette, oui ! Vous m’avez pris pour un chien ou quoi ? S’agirait pas que je maigrisse quand même, je vais goûter un peu. C’est pas ignoble. J’en prends huit du coup. Tavernier ! Remettez-en deux ! En plus, ça me fait le poil soyeux. Bon, faudrait pas oublier mon biberon non plus !

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