Mes parents tenteraient-ils de se débarrasser de moi ?
C’est à n’y rien comprendre. J’ai pourtant tout fait, tout pour leur plaire. Je me suis forcée à me réveiller toutes les nuits pour leur faire des câlins (alors que je voulais dormir). J’ai bu tous leurs biberons, un litre de lait par jour quand même, alors que, bon, entre nous, ça vaut pas un sauciflard. J’ai rien dit quand ils me sortaient par moins mille, et pourtant. Pourtant ils ont fait l’impensable. Ils ont osé me mettre à la garderie.
« Les petits athlètes » que ça s’appelle. Non, mais vous avez vu ma dégaine ? J’ai l’air de vouloir courir le 110 mètres haies ? Tout cela ne me dit rien qui vaille. Mais bon, bonne poire, je vais laisser une chance à cet antre du diable peuplé de milles et un bébés braillant de toutes leurs forces. Ça n’a pas l’air comme ça, mais nous les bébés, on est sacrément forts question dégommage de tympans. Vous voyez la Castafiore ? Et bien, vous couplez ça avec un Rafale au décollage et un concert de métal au HellFest, et vous aurez une petite idée de notre échauffement vocal. Je n’étais pas au bout de mes surprises, je suis dans le groupe des chenilles. DES CHENILLES ! Oh ! Je suis un magnifique papillon de 8kg ! Pas une limace à poils longs. Je sens que ça va pas me plaire.

Mon père me laisse dans les bras d’une dame que je n’ai jamais vue. Ah. Il vient pas avec moi. D’accord. La madame va comprendre sa douleur. On me laisse deux heures. Devinez quoi. Deux heures de klaxons en heure de pointe sur le périphérique un jour de manif. C’est ma mère qui vient me chercher. J’ai quand même le droit à quelques câlins, et je crois comprendre que je ne vais pas y couper le lendemain. Ce jour-là, je sens un truc étrange dans mon ventre, j’en profite pour roupiller au milieu des chenilles. Vraiment très étrange quand même cette sensation. Pour la première fois de ma vie, je pense que je vais laisser tomber le biberon.
Dans la nuit, je réveille en pleurs ma maman, ça va vraiment pas fort. On l’entend à mes cris, ce n’est pas la joie. Est-ce que vous avez vu l’Exorciste ? Une bouche incendie ouverte sans tuyau ? Un geyser horizontal ? C’est bon, vous avez bien l’image en tête. Bon, bah je retourne mon estomac en visant bien la tête de ma mère. On m’emmène direct à l’urgence, parce qu’apparemment, ce n’est pas normal de rendre son lait dans ce sens là. Verdict, gastro. Finalement je suis peut-être une athlète. Deux jours de garderie et une gastro attrapée, ça doit tenir du record.
Évidemment les deux faibles qui me servent de parents l’attrapent aussi, je suis partageuse. Tout cela nous prend une petite semaine, mais je finis par m’en remettre. Devinez, ils n’apprennent pas de leurs erreurs, ils me renvoient à la garderie ! Encore deux jours sans histoire et pouf, je chope un virus qui me file une fièvre de 40°C. Je ne fais pas trop la fière, et je perds du poids. Oui, oui, vous avez bien lu, je perds du poids. Je dors beaucoup, je bois un petit peu, et je me remets doucement. Bon, c’est bon ? Vous avez compris ? On reste ensemble à la maison ?
Je n’ose même pas vous le dire. Ils sont fous. Je ne vois que ça. Ils me ramènent sur les bords du Styx, je sens qu’on va franchir le Rubicon. Oui, je suis d’humeur latine. Il faut dire que j’aime lire, alors, que voulez-vous, je cultive mon jardin. Dans mon groupe, je suis la plus jeune. J’ai pas dis la plus petite, j’ai dis la plus jeune. Les monstres me regardent dubitatifs. Effectivement, je ne marche pas, mais attendez de voir comment je roule. Je roule vachement bien. Niveau rouleau compresseur. Ventre, dos, ventre, position du cobra, position de danseur hip-hop, l’aigle. Je maîtrise tranquille.
Comme mon papa, j’aime bien qu’on m’aime bien, alors je fais mon numéro de charme à mon éducatrice. Petits sourires, caresses sur les joues le matin. Je ne calcule même plus mon papa quand il me dépose. Il a l’air vexé. Bah faudrait savoir ? Vous voulez que je m’amuse ou pas ? Après une fin de semaine de quatre jours, mon éducatrice me retrouve, m’arrache des bras de mon père qui reste coi, les bras dans le vide. Je lui ai manqué qu’elle me dit. Ha ha, mission accomplie, elle m’aime bien. D’ailleurs moi aussi finalement j’aime bien la garderie. J’en viens presque à m’ennuyer le week-end avec mes parents. Presque, hein, parce que lorsqu’on construit la cabane avec ma maman, ou que je peux arracher les cheveux de mon papa, là, c’est l’éclate.
Bon, j’y retourne, je vais faire la chenille comme une princesse.

J’aime bien la version papillon vert … des photos dossier à ressortir dans 15 ans 😉
Bon week-end à tous … en chantant « le temps des cerises » qui est bien une chanson de la Commune … et pas comme l’indique le premier lien « une marque de Jean, qui fait de belles fesses » ! Vive l’économie libérale !!