9 mois avant le Big Bang

9 mois avant le Big Bang

L’annonce

Il n’y avait pas de plan. Il n’y a pas eu un jour précis, où, d’un commun accord, nous nous sommes dits, aller c’est parti, on se lance dans l’aventure. Il y a simplement eu ce jour; quand Judith trouvait que certaines choses étaient un peu en retard. Dans le doute, j’étais allé faire du repérage dans la pharmacie pour repérer où se trouvaient les tests. Quelques jours passent, et d’un peu de retard, on arrive rapidement à carrément en retard. Il y a un doute, c’est le moment de faire le test. L’appréhension monte, nous trouvons rapidement le test. Je reste seul avec le petit bâtonnet de plastique. Il faut attendre. Les hormones réagissent avec la bande qui va nous livrer son verdict… Un trait net et un soupçon de deuxième trait. Nous ne sommes pas certains, certains. Les indications sont pourtant claires, même fine, la ligne est là. Nous retournons donc chercher un autre test d’une autre marque, cette fois-ci avec un affichage OUI ou NON. Cette fois-ci, aucun doute possible, Judith est enceinte.
Pour elle, la sidération au début, une vague irrépressible d’émotions de mon côté, puis nous nous retrouvons tous les deux, dans un étrange mélange de joie, d’inconnu et surtout d’incrédulité. Le concept d’être bientôt parent apparaissait comme très nébuleux. L’annonce arrivait à un moment tout particulier, au même moment que le décès de mon grand-père. Un tourbillon de nouvelles parmi lesquelles il n’était pas facile de naviguer.
Il fallait maintenant décider de le dire ou pas. Nous voulions attendre d’avoir la confirmation que tout irait bien, mais finalement, nous avons partagé la nouvelle. Annoncer à mon frère qu’il va être oncle et à mes parents qu’ils vont être grand-parents est également un grand moment. Ils passent sans doute par les mêmes étapes que moi, le temps d’encaisser la nouvelle.

Oui, on a fait de l’accrobranche sans savoir qu’on avait déjà un bébé en route.

L’haptonomie

On vous en a parlé dans les différents articles, l’haptonomie est une sorte de yoga / kinésithérapie qui permet à la maman de mieux vivre la grossesse et au futur papa de créer une première relation avec le bébé. C’était une expérience vraiment intéressante et importante pour moi, les choses devenaient concrètes. Le bébé réagissait à ma voix, à mes mains. En les plaçant d’une certaine manière, en lui parlant, le bébé venait se coller et faire des câlins. C’est aussi un moment qui nous permettait de se couper un peu du travail et de se concentrer pleinement sur ce qui se passait dans le ventre. Avec les différentes manipulations, je pouvais aider Judith à replacer son bassin pour l’aider à marcher, ou remonter le ventre pour rendre la position assise plus facile. Certains moments sont un peu ésotériques, mais pour l’essentiel, l’expérience est agréable et surtout cruciale pour moi, dans le processus de découverte du bébé.

Les choses deviennent sérieuses (sexe, prénom, écho)

Le temps passe et le bébé devient de plus en plus visible, de plus en plus mobile dans le ventre. Il est maintenant certain que tout va bien à l’intérieur, bien au chaud. Les premières échographies sont un petit peu frustrantes à cause des restrictions sanitaires. Je dois attendre dans la voiture et assister sur mon téléphone à la première et la seconde rencontre. Heureusement, nous avons prévu le coup. Le sexe du bébé sera inscrit sur une carte que nous ouvrirons Judith et moi, ensemble, tous les deux. Nous avons parcouru les listes de prénoms, nous avons nos préférences. Il nous faut un prénom français, prononçable en anglais. Le plus dur ? Éliminer les prénoms qui nous rappellent des personnes pas agréables au bureau, ça fait le tri, on aime personne. Nous réduisons notre liste, en fonction de ce qui est inscrit sur la carte, nous saurons comment s’appellera le petit truc qui grandit, grandit dans le ventre de Judith. Sur le dessin de la carte, le papa et la maman pingouin regardent un pingouin rikiki, on ouvre avec fébrilité la carte.

C’est une fille !

Les amis, le réseau des parents et les achats

Vient alors la folie de l’équipement. Si on écoutait les vendeurs, les conseils sur internet ou autres sources totalement neutres, il faudrait acheter pour l’équivalent du PIB de la France. Ils sont très forts. Vous demandez pour un siège auto, on vous propose un siège connecté à votre téléphone qui vous envoie une notification si vous oubliez l’enfant dans la voiture (produit existant pour de vrai). Vous demandez alors un petit quelque chose plus simple, et on vous répond « à quel point aimez-vous votre enfant ». Bon. Heureusement, nous pouvons compter sur nos amis nouveaux parents qui nous prêtent ou nous donnent de nombreux accessoires. On se lâche un peu sur la poussette, c’est autant pour les parents que pour la petite. C’est aussi à ce moment où tous nous racontent le bon et le moins bon, les complications à l’accouchement, la jalousie de l’aîné face à la petite soeur, le fait qu’à 3 ans, il ne fasse toujours pas ses nuits … On a aussi de belles histoires qui rassurent et surtout l’assurance qu’on pourra demander de l’aide ou que le bébé aura des amis pour jouer dans quelques mois / années. Se préparer matériellement est finalement la partie la plus facile, même s’il faut naviguer dans le vaste océan du marketing pour les enfants, on trouve rapidement ce qu’il nous faut. Les premiers stocks de couches sont constitués. L’Histoire nous apprendra que nous étions bien trop optimistes avec une seule caisse de couches…

La dernière échographie

Le dernier trimestre qui arrive déjà. Du point de vue du conjoint, en tout cas, car du point de vue de la future maman, le temps commence à être long. Se déplacer devient plus compliqué, un escalier devient un défi, le corps se transforme notablement. Ce trimestre commence par la troisième et sans doute dernière échographie, la première à laquelle je pourrai assister. Les règles de confinement se relâchant avec la vaccination, je suis donc admis dans la salle. C’est la première rencontre avec le bébé, sur l’écran, elle apparaît, sa petite tête, ses petites mains. La docteure change l’angle de vue et on assiste à un premier sourire. Elle nous conquiert déjà.

La préparation à l’accouchement

S’il y a bien une chose que nous les hommes ne pouvons qu’imaginer, c’est bien l’accouchement. Une opération bien mystérieuse, quasi mythologique, mais bien réelle pour la maman. Le corps va subir des poussées, des crispations, des contractions et des douleurs inimaginables, pendant un temps qui peut s’étaler bien trop longtemps. Il faut donc se préparer. Physiquement d’abord, Judith apprend à pousser, à gérer la douleur, à respirer, à se reposer entre chaque contraction. Psychologiquement ensuite, comment veut-elle accoucher, et toutes ces questions que l’on n’avait jamais pensées se poser sur les pratiques, la médication. Bref, un joyeux mélange d’onirisme (elle va mettre au monde un nouvel individu) et de terre-à-terre (la mécanique de poussée). On nous explique aussi les différents protocoles en cas de complications. Certains de nos amis y sont passés récemment, on se prépare donc à devoir réagir vite. La règle est simple, plus l’accouchement est compliqué, plus il y a de monde dans la chambre. On croise les doigts pour un accouchement intimiste. Mon père m’a prévenu, c’est extrêmement difficile de voir la personne que l’on aime se tordre de douleurs, alors, moi aussi je me prépare. Je peux également aider, par des points de pression, par la gestion de la communication avec l’équipe médicale, en étant là simplement. En tant que futur papa, c’est incroyable ce que l’on peut se sentir inutile à certains moments. Pourtant, au moment décisif, il faudra répondre présent. Dans le doute, on note quand même que je ne tiens pas à couper le cordon.

La dernière ligne droite

On nous avait annoncé un bébé en avance, alors quand arrive la 36e semaine, tout cela devient très réel. Chaque sortie, chaque soirée peut être interrompue à tout moment. Judith a de plus en plus de mal à marcher. Une sortie de 400 mètres prend des allures de marathon, il lui faut 20 minutes pour couvrir la distance. Les coups se font plus espacés mais beaucoup plus visibles. Les dernières visites de suivi pourtant donnent le même message. Finalement, elle ne sera pas en avance, elle prend son temps. Nous nous lançons donc dans des projets de bricolage, on termine toutes les petites choses que l’on n’avait pas pris le temps de finir. Le souffle de Judith se fait de plus en plus court, monter un escalier est épuisant. Nous passons la date prévue du terme, et toujours pas de nouveauté. Judith commence à s’impatienter, dans un regain d’énergie incroyable, on enchaîne les marches dans le quartier, de plus en plus longues, de plus en plus rapides. Les nuits sont mouvementées, entrecoupées de contractions de Brixton-Hicks, douloureuses mais non utiles. On prend chaque journée comme une occasion de profiter de notre vie à deux. On termine l’assemblage d’une petite boîte magique, mais il manque une pièce. Pas grave, j’irai demain au magasin. Sauf que ce soir-là, dans la nuit de jeudi à vendredi, vers une heure du matin, il était temps d’aller très rapidement à la maternité. La valise était prête, la voiture était prête, le temps de fermer l’appartement et de descendre les marches. Judith est calme et déterminée, je suis un peu chamboulé, toute cette attente, toute cette préparation pour ce moment. Elle arrive, sommes-nous prêts ?

Xavier

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