Retour au bureau après 15 mois

Retour au bureau après 15 mois

Au risque d’enfoncer une porte ouverte, la gestion de la pandémie est très différente d’un pays à l’autre. Si la France a opté pour des confinements / déconfinements, le Canada a plutôt choisi l’option du télétravail obligatoire pour le personnel non essentiel. Ce sont donc des millions de travailleurs, qui, comme nous travaillent depuis la maison. Pour moi, c’est encore plus extrême, depuis le 16 mars 2020, je n’ai pas mis les pieds au bureau. Là bas m’attendent costume, souliers et chemise de secours. Seulement, la pandémie touche à sa fin et on entend pas mal parler de retour au bureau.

Les défis du monde d’après

Que se passe-t-il quand on a travaillé sans voir ses collègues depuis plus d’un an ? Par exemple, les trois quarts de mon équipe ne s’est jamais vue, 10 personnes embauchées pendant la pandémie qui ne se sont jamais rencontrées, qui ne sont jamais allées dans nos bureaux. Ils ont reçu un ordinateur et du matériel par la poste, ont eu des activités d’accueil et d’intégration à distance et c’est tout. On a donc des personnes qui se trouvent aux quatres coins du Québec, parfois à plus de 6 heures de route de Montréal. Inutile de dire qu’ils ne viendront pas au bureau.

Nos clients ont également leurs plans. Afin de ne pas perdre trop d’argent, ils ont déjà rendu des étages de bureau, des bâtiments entiers. Ils ne tiennent donc pas du tout à voir revenir des consultants dans leurs locaux restants. En effet, le secteur de la gestion immobilière est en crise ici, car toutes les entreprises qui payaient des fortunes en loyer pour des immeubles en centre-ville rendent des étages, négocient des loyers à la baisse. La petite blague est que les entreprises de gestion immobilière sont des fonds publiques de gestion des retraites … Comme dit l’adage, ce sont des problèmes pour demain. Mais quand même.

Autre débat, nos clients qui veulent nous revoir imposent la vaccination. Notre employeur ne peut pas obliger la vaccination, cela irait à l’encontre de la constitution canadienne. En revanche, dans une relation d’affaire, tout est (presque) possible. Quoi faire dès lors avec nos employés qui refusent de se faire vacciner. Oui, oui, nous avons un membre de l’équipe qui se soigne à la chloroquine depuis 6 mois et ne veut pas se faire vacciner … Sans commentaire, mais le problème demeure.

Le modèle hybride

Finalement, nous avons tous goûté avec plus ou moins de succès au télétravail. Opportunité incroyable de s’éviter des bouchons (et donc aider la planète), de pouvoir enfin aller à la Poste pendant les heures d’ouvertures ou de voir plus les enfants pour les uns, catastrophe pour la santé mentale, refuge pour les tire-au-flancs et logements inadaptés au travail pour d’autres. Le monde d’après sera sans doute un mélange de tout cela.

Le télétravail va sans doute rester dans le paysage. La flexibilité acquise pour les employés deviendra un argument pour attirer les gens dans les entreprises. Pour autant, le télétravail ne s’applique pas à toutes les professions. Quel sera l’impact sur les professions qui nécessitent d’être présent sur place ? Seront-elles moins attractives ? Ou deviendront-elles des refuges pour ceux qui n’adhèrent pas au tout numérique ? Au Canada, la réponse est assez tranchée, le prix de l’immobilier en région a explosé. Les gens quittent les grandes villes et font le pari du télétravail depuis le fond des bois. À voir si le modèle tiendra, par exemple, les restaurateurs sont dans l’impossibilité de rouvrir car le personnel manque cruellement.

Dans mon entreprise en tout cas, on envisage le modèle hybride, une occasion de repenser le bureau. J’en vois certains déjà lever les yeux au ciel en lisant ce paragraphe. Il faut faire venir les gens au bureau pour les bonnes raisons: la collaboration avec les collègues, les moments de sociabilisation, la formation, le besoin de matériel de pointe, s’isoler. On envisage donc un mode de travail à deux jours au bureau si souhaité, le reste en télétravail ou chez le client. Personnellement, la formule me convient, étant devenu un peu farouche et pas super pressé de me serrer dans les transports.

Et finalement, ça fait quoi de revenir au bureau

Qui dit mode hybride, dit forcément fin des bureaux nominatifs et mutualisation des ressources immobilières. J’ai donc été invité à vider mon bureau pour préparer les travaux et l’anonymisation des espaces de travail. J’avais donc 3 heures pour récupérer mes effets personnels, archiver mes dossiers papier et enlever la petite étiquette à mon nom. Le rendez-vous pris, je devais faire mon auto-diagnostic Covid avant de pouvoir accéder aux locaux. À l’accueil, on me fait changer de masque, on contrôle mon lavage de main et on m’explique le protocole. Le masque, on le garde en tout temps, sauf pour prendre un café dans son bureau, porte fermée. On garde deux mètres de distance avec les éventuelles personnes que l’on croiserait, et notre accès est limité à notre partie d’étage uniquement.

Bon. Ambiance. Nous étions quatre sur l’étage, une personne ayant des problèmes de santé mentale au domicile qui est là à temps plein, et deux autres personnes qui venaient nettoyer leur bureau (mon chef et le big chef). Étrange sentiment que de revenir dans le bureau. Tout baigne dans son jus, le temps ayant été suspendu … on retrouve les blagues écrites sur les tableaux blancs, les plans de sortie, bars et restaurants … une petite pointe de nostalgie quand on se souvient de l’ambiance d’équipe, arrêtée brutalement.

Finalement, les collègues reviennent peu à peu, à tour de rôle pour limiter le nombre de personnes sur les étages. Le centre-ville porte les traces économiques de la pandémie, les rues sont bien moins achalandées, un restaurant sur deux a fermé ses portes. La Ville en a profité pour faire des travaux gigantesques, notamment un projet de train électrique automatique pour relier l’aéroport au centre-ville ainsi que la rive Sud. À voir si les gens utiliseront les transports ou préfèreront rester chez eux (ou prendre la voiture).

On aura le temps de voir les changements venir, car pour nous un autre changement s’approche à grands pas !

Xavier

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