Le quartier de Verdun
Nous continuons la série d’articles sur notre nouvel environnement en vous parlant cette fois du quartier dans lequel nous nous trouvons, Verdun. Rien à voir avec la terrible bataille de la Première Guerre Mondiale !
Cet article fait partie d’une série de trois articles: l’appartement, le quartier et enfin la décoration.

Un quartier populaire chargé d’histoire
Il y a des médisants qui pensent que l’Amérique du Nord n’a pas beaucoup d’histoire. Pourtant, voilà 4 500 ans que les hommes habitent à Verdun, et depuis les années 500 avant JC de manière sédentaire. Qu’est-ce qu’il y avait avant l’homme ? Et bien une mer. 8000 ans avant Judith, la Mer de Champlain recouvrait les terres, pour se retirer progressivement pendant 3000 ans. . Vous nous excuserez, nous n’avons pas trouvé d’illustration pour cette tranche d’histoire …
Le nom vient évidemment de l’arrivée des français et notamment de Zacharie Dupuis, sieur de Verdun, arrivé sur les lieux en 1671. Auparavant, il y avait quelques installations religieuses, mais c’est bien avec l’attribution des terres agricoles qui changent le destin des lieux de petite congrégation à réel village. Mais tout ça c’était avant le drame. Un raid iroquois et 97 personnes tuées. Cela n’empêche pas les Français de se lancer dans de grands travaux, notamment les premiers coups de pelle du Canal Lachine.

Nous allons en profiter pour faire un saut dans le temps, dépasser la période de domination francophone, pour s’arrêter à la domination anglaise. Les Anglais développent beaucoup le village, creusent un deuxième canal, mais tout cela est particulièrement freiné par une épidémie de variole. On lance la construction d’un hôpital, et nous arrivons directement au début du XXe siècle.

C’est là que tout explose. La navigation fluviale est obligatoirement détournée vers Verdun. Les rapides de Lachine ne permettent pas de faire passer des navires, qui doivent s’arrêter à Montréal, de plus petits navires le long du canal Lachine et plus tard le chemin de fer permettent de transporter les marchandises vers l’Ontario et les États-Unis. La ville devient la troisième ville la plus peuplée du Québec, des ateliers de manufacture et des usines ouvrent leurs portes. L’arrivée du tramway et la construction d’une digue de production permettent le développement d’une population ouvrière, essentiellement anglophone.
La première guerre mondiale marque le premier ralentissement du développement, tout comme la seconde. Le taux de recrutement militaire y est plus élevé que dans n’importe quelle autre ville canadienne. Au retour de la guerre, l’arrondissement devient clé dans le développement de Montréal notamment dans la construction de logements à bas coûts. Les Français redeviennent majoritaires dans le quartier.

Et maintenant ?
L’ambiance a bien changé. Interdite en 1875, la vente d’alcool dans l’arrondissement est maintenant possible depuis 2015 ! C’est donc une petite révolution de voir des bars, des micro-brasseries apparaîtrent dans les rues. Si une partie de la ville reste populaire, les familles aisées de la classe moyenne supérieure remplacent progressivement l’habitat ouvrier. Bon, on en est un très bon exemple, on ne va pas se le cacher. Il est ainsi tout à fait normal de retrouver dans la même rue, à deux numéros de distance, un triplex parfaitement rénové, Tesla Model X branchée sur sa borne de recharge stationnée devant puis juste après, une vieille Mazda toute rouillée, devant un immeuble aux balcons à l’horizontalité douteuse.
Les commerces évoluent d’ailleurs au même rythme. On y retrouve côte à côte un prêteur sur gages (Pawn Shop), un magasin vrac de céréales bio, un bijoutier qui achète l’or au poids, un atelier de réparation de vélo à 10.000 dollars … Bref, une gentrification galopante, mais qui offre une ambiance toute originale à l’ensemble: le quartier est familial, convivial, oserons-nous chaleureux. L’activité culturelle (hors période de confinement) est très riche, notamment des concerts dans la rue principale rendue piétonne la plupart du temps.

En s’éloignant de la ligne du métro, le passé ouvrier est beaucoup plus présent. D’anciennes usines sont transformées en centre commercial, en théâtre ou bien en appartement. Il y a une église à toutes les trois rues, au moins autant d’écoles, de petits potagers se devinent dans les contres-allées qui rappellent les jardins ouvriers en France.

Puis à nouveaux, l’ambiance change. Les petits immeubles de deux ou trois étages laissent place à d’énormes maisons au goût très douteux: mais pourquoi aiment-ils tant mettre des colonnes partout ? Les voitures deviennent également plus grosses, les vitres sont teintées: cela ressemble de plus en plus à la banlieue américaine telle qu’on l’imagine. De grosses maisons, une allée où se trouve le cabriolet de madame, la voiture familiale, le gros SUV de monsieur, l’arroseur automatique pour la pelouse de devant, un énorme barbecue sous le porche.
En l’espace de quelques rues, c’est une belle tranche de vie canadienne qui se découpe devant nous. Nous nous trouvons dans la partie centrale de l’arrondissement à quelques mètres du métro (critère indispensable pour Judith qui ne voulait pas passer plus de 5 minutes dehors par moins 30°C) et des commerces. Notre terrasse nous permet de voir le centre-ville de Montréal et le Mont-Royal, notre rue est très calme : nous aimons beaucoup nous promener dans les rues adjacentes avant d’enchaîner avec une journée de télétravail: bref, un lieu idéal pour vivre ! Une ambiance résolument différente de notre précédent appartement que nous avons hâte de vous faire découvrir !
Nous n’en parlons pas ici, mais Verdun, c’est aussi: une plage (oui oui), des épiceries françaises où on peut trouver des produits essentiels comme du Tesseire, des LU et des sablés bretons du Golfe du Morbillan, une grosse église avec un orgue. Bon, c’est aussi un hôpital COVID. Au pire, si on la chope, on sait où aller.

Du Mont-Royal au Saint-Laurent

Dans notre précédent logement, nous nous trouvions à proximité du Mont-Royal, où j’ai pu courir en pente, faire du ski de fond et m’exploser la tête au patin à glace. Nous laissons donc le lac aux Castors et le belvédère pour nous rapprocher du fleuve.

Le fleuve Saint Laurent est particulièrement remuant dans le coin. Le débit y est particulièrement plus fort car les berges s’ouvrent très largement, passant de 1 kilomètre de large à 7 kilomètres : ce sont les rapides de Lachine. Pendant longtemps, ces rapides rendaient impossibles la navigation sur le Saint Laurent. Les navires déchargeaient leurs cargaisons au port de Montréal et repartaient vers la mer. Les marchandises continuaient sur la terre pour être ré-embarquées plus loin et continuer vers Toronto.

Seuls quelques Premières Nations, habitant sur la rive opposée à Kahnawaké courraient le risque de descendre les rapides tumultueux. Beaucoup de marins périrent à tenter de les imiter et la décision fut prise en 1825 de creuser un canal de 14 kilomètres pour éviter cette zone. Élargi à de multiple reprise pour faire passer des navires au tonnage toujours plus important, le Canal Lachine est maintenant réservé à la navigation de plaisance. Les gros porte-conteneurs de 10 000 tonnes préfèrent maintenant les digues de 25 kilomètres construitent dans la réserve Kahnawaké.

En ce qui nous concerne, cela libère la vue du trafic fluvial et laisse l’occasion de parcourir un parc immense bordant le fleuve. Il est possible de randonner ou faire du vélo sur des distances toutes canadiennes. Ainsi, si le cœur vous en dit, vous pouvez vous rendre à l’aéroport en vélo depuis le réseau des pistes cyclables. Cela vous prendra une grosse heure pour couvrir les 20 kilomètres. Ou bien, pour les plus motivés, il est possible de rejoindre le bout de l’île en deux heures et 40 kilomètres.
Sans aller jusqu’au bout de l’île, cela offre de belles perspectives pour aller courir ou simplement marcher pendant le confinement !

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