On part camper en kayak
Nous augmentons le niveau d’aventure de notre fin de semaine. Nous prenons la route en direction de l’Ontario, dans la région de 1000 Islands. Nous allons camper sur l’une des 1865 îles de l’archipel, situé sur le Saint-Laurent. Pas de pont, simplement un kayak, une tente et deux paires de bras pour s’y rendre !

Se préparer et tout faire rentrer dans les sacs
La petite virée que l’on s’apprête à faire nécessite quelques préparations. Nous allons devoir camper sans eau, sans accès à rien. Nous essayons de nous limiter à un sac chacun. Il faut faire rentrer une tente, un matelas gonflable et le gonfleur (cela prend étonnamment moins de place que deux tapis de sol et c’est plus confortable) ainsi que deux duvets, des vêtements, de quoi manger, boire et de la lumière.
Nous pensons également à la trousse de premiers secours, qui n’a jamais servi en voyage, seulement à la maison pour les petits bobos de bricolage. Mais on ne sait jamais. Surtout, surtout, nous prenons de l’anti-moustique. Celui là est tellement puissant qu’il a fait fondre une pochette en plastique. Pas terrible pour la peau, mais c’est la condition pour ne pas devenir un buffet à volonté pour ces charmantes bestioles.
Tout rentre en tassant bien. Pour une fois, nous n’allons pas prendre trop et nous contenter de l’essentiel: un bouquin de mille pages, du papier toilette et une recharge de batterie de téléphone. En effet, le téléphone nous servira de GPS une fois sur l’eau. Et une petite catastrophe, les salades avec la sauce n’ont pas aimé la compression. On aura donc des t-shirts odeur soja / arachide. Nous sommes toutefois fins prêts pour rejoindre la marina de Gananoque.

À bord de la frégate F-Juju
Ah, quelle fière embarcation ! La frégate F-Juju est prête au départ. Elle est propulsée par deux moteurs hybrides révolutionnaires, poutine-bière à l’arrière et tofu-thé à l’avant pour ajouter de la puissance dans les phases délicates. Il s’agit d’un kayak plus long et plus fin que ceux qu’on a l’habitude de trouver dans les parcs canadiens. Sa ligne effilée brise les embruns et fonce sans effort à la surface du fleuve.
Ce format de kayak est d’ailleurs idéal pour embarquer nos sacs dans les compartiments étanches. Trois zones de stockages sont disponibles pour y mettre au sec tout ce que nous avions prévu. Je suis quand même rassuré d’avoir le cadeau de Judith, un magnifique sac étanche pour mettre nos vêtements et les lampes frontales. On sert les sangles sur les écoutilles et nous sommes prêts à mettre à l’eau.

Avant le chargement 
Prêts pour le départ
C’est décidément le grand luxe, vu la longueur de la frégate, nous avons le droit à un petit gouvernail pilotable du bout des pieds. Cela évitera bien des querelles: mais non pagaie à gauche, tu vois bien qu’on tourne… une petite compensation de gouverne et tout le monde est content. Nous quittons la marina pour nous engager sur le fleuve.

Nous traversons rapidement le chenal de navigation ouvert aux bateaux à moteurs et aux Seadoo. Le temps est au beau, et nous n’avons qu’à éviter le sillage mouvant des plus grosses embarcations. Rapidement, nous nous retrouvons au milieu des îles dans des eaux très calmes. Le capitaine Judith nous guide à merveille parmi les îles et îlots.
Abordage de l’île Beau-Rivage
J’avais eu la chance de découvrir 1000 Islands avec les parents. La moitié des îles se trouvent côté U.S.A. et le reste, côté canadien. Nous prenons bien soin de ne pas traverser le fleuve, la frontière étant fermée pour cause de Covid non maîtrisée. Les îles se trouvent à la naissance du Saint-Laurent, lorsque les eaux quittent le lac Ontario.
Les îles canadiennes sont encore relativement sauvages. Les maisons construites se fondent dans la nature. Les dimensions restent toutefois nord-américaines. Pourquoi faire un petit chalet quand on peut construire un manoir, un garage à bateau et une tonnelle pour les beaux jours ?

Les eaux peu profondes sont calmes et nous ne croisons que quelques kayakistes. Les bateaux à moteur restent au large. Après deux petites heures sur l’eau, nous décidons de faire le tour de l’île Beau-Rivage sur laquelle nous allons dormir. Beau-Rivage: population deux tentes dont la notre, quelques écureuils et des araignées TRÈS grosses.

Nous hésitons sur l’endroit où laisser notre kayak dans la crique. Nous ne trouvons pas la fameuse zone d’échouage indiquée sur le plan. Après quelques tentatives, nous décidons finalement que trois cailloux plats feront une belle zone d’arrimage. Il est temps de se préparer pour la nuit.

Nous montons rapidement la tente, soupons devant le coucher de soleil dans la crique. C’est assez magique et très reposant. Nous ne partageons la plage qu’avec un couple de canards et quelques moustiques étonnamment peu agressifs. Le jour tombe assez vite, nous nous retrouvons sous la tente avec les frontales pour lire. Après la route et le kayak, les paupières tombent vite et la nuit s’installe.

Retour sous la tempête
La nuit s’installe, mais pas pour longtemps. Comme prévu par la météo, le vent se lève. Bien protégés par la canopée de l’île, nous ne recevons que peu de gouttes, mais les bourrasques font chanter les ramures. D’aucun dirait que la nuit fut mouvementée.
Au petit matin, la marmotte Judith se lève, hume l’air humide, peu encline à reprendre le large. Nous replions la tente au moins aussi vite que nous l’avions montée. Moins consciencieux dans le paquetage, nous répartissons cependant mieux le poids dans l’embarcation. Le vent se lève à nouveau. Il y a quatre kilomètres au plus court à parcourir pour rejoindre la marina. Les vestes de flottaison sont fermement ajustées et nous quittons l’île.
Le kayak reste remarquablement stable, aussi le retour s’annonce moins mouvementé que prévu. Nous décidons cependant de ne pas prendre le chemin rapide, dans le chenal partagé avec les bateaux motorisés, mais de rester protégés du vent en longeant les îles. Si tôt par un dimanche agité, il est peu dire que le fleuve est totalement abandonné par les plaisanciers.
Les nuages s’assombrissent, et la pluie se met à tomber. Version canadienne, donc des seaux entiers sur la tronche. Heureusement, la stratégie de ne pas s’éloigner des îles nous permet de nous abriter sous les arbres qui dépassent sur le fleuve. Tel un trappeur expérimenté (ou par un gros coup de chance), je décide que l’accalmie est suffisante pour effectuer la fin du trajet au sec. Judith lance toutes ses forces dans la dernière ligne droite jusqu’à la marina. Quelques gouttes et du vent pour donner une saveur aventureuse au week-end !
Pour se réchauffer, direction Ottawa pour prendre un brunch canadien. Donc des seaux de nourriture.

Une belle sortie, un goût de liberté incroyable et un dépaysement efficace. Nous sommes prêts pour la prochaine étape: randonnée et camping sauvage au pays des ours. Non, non Judith, il n’y a pas d’ours dans la forêt !
Super beau, mais le retour sous la pluie … ça donne envie d’un bon feu de bois !
Le film fait penser aux reportages à la Cousteau 🙂