Brève histoire des Premières Nations au Canada

Brève histoire des Premières Nations au Canada

Cela fait 15 000 ans que des humains vivent au Canada. Lors d’une période glacière, ils ont suivi mammouths et caribous en traversant depuis la Sibérie vers les Amériques. Les premières traces de peuples organisés datent d’il y a 10 000 ans (na-dénés au Yukon, Huron-Wendat au Québec). Les arrivées des Vikings en l’an 800 ou de Jacques Cartier en 1534 font donc partie de l’histoire très récente. En voici un bref aperçu, d’après nos lectures et nos visites de musées.

Crédits: Darlene Gait

Avant la colonisation, une histoire transmise à l’oral

Le début de l’Histoire est très difficile à écrire. En effet, à part les quelques traces archéologiques, beaucoup d’éléments relèvent de la tradition orale. La plupart des constructions utilisaient le bois et les peaux tannées, matériaux qui ont la fâcheuse tendance à se décomposer avec le temps. On retrouve des tracés au sol de maisons longues ou bien des artefacts prouvant la présence des autochtones à tel ou tel endroit.

Il reste donc essentiellement des récits transmis par le bouche-à-oreille de générations en générations. Ainsi, selon les Wendats et les Iroquois, la Terre est une île sur laquelle est descendue Aataentsic, une femme venue d’un monde célèste. Accueillie sur le dos de la Grande Tortue, et aidée par le crapeau et la Petite Tortue, ils formèrent le monde.

Une autre histoire nous vient des algonquins. Au début, les animaux vivaient en harmonie et étaient les maîtres du monde. Un jour, ils se mirent à se battre entre eux. Le Créateur décida d’inonder le monde pour en faire renaître un nouveau, mais prévient son fils de ses intentions. Ce dernier fit monter dans des canots des représentants des animaux. Après plusieurs jours en mer, il demanda aux animaux de plonger pour chercher de la terre. Aucun n’y parvint, sauf le rat musqué qui déposa de la vase sur le dos de la tortue. C’est ainsi que le monde fut recréé. Toute ressemblance avec une autre religion …

Les premiers colons

Sources: http://firstpeoplesofcanada.com

Les premiers européens furent les Vikings, qui n’ont pas réussi à maintenir leur village au bord du Saint-Laurent. Les Basques ensuite vinrent pêcher la baleine et la morue et construisent des avants-postes autour du XVe siècle. Jacques Cartier viendra plus tard « découvrir » le Canada au XVIe siècle.

Les autochtones vivent de chasse, de pêche et piégeage. Certaines tribus suivent les troupeaux de caribous, d’autres sont plus sédentaires et ont développé l’agriculture. Il est intéressant de noter que l’agriculture (et la sédentarisation) s’accompagne aussi d’une plus grande organisation de la société, des rites plus développés et de conflits armés entre les tribus.

Sources: http://firstpeoplesofcanada.com

Les premiers contacts permanents entre européens et autochtones sont essentiellement commerciaux. Les Premières Nations accompagnent les explorateurs dans leur quête de ressources premières et d’une route vers le Pacifique. Les colons apportent avec eux des maladies que l’Amérique n’avait jamais connu, elles ravagent les populations locales. On parle dans certains cas de 60% à 90% de la population qui a disparu.

La création du Canada

Les colons s’installent, construisent des infrastructures et dépendent encore beaucoup des échanges avec les Iroquois et les Algonquiens. Les tensions entre les deux peuples autochtones, ainsi que des heurts réguliers avec des colons conduisent à des actes de barbarie dans tous les camps. Des accords et des trêves sont signées pour éviter une escalade de la violence.

On passera l’histoire de la Nouvelle France qui tombe aux mains des anglais, mais on retiendra que la présence de « l’Homme blanc » s’intensifie grandement, toujours plus organisée, militarisée et de plus en plus autonomes vis-à-vis des autochtones, progressivement repoussés vers l’intérieur du pays. La course vers l’Ouest mènent les colons dans l’ensemble du territoire qui deviendra en 1867 la Confédération Canadienne. On notera également que le territoire canadien a intégré progressivement de nouvelles provinces, dont le Nunavut en 1999 (habité à 82% par des Inuits).

La loi sur les Indiens

Signée en 1876, la Loi sur les Indiens fixe les droits des Indiens et donne toute autorité au gouvernement fédéral pour légiférer sur les « indiens et les terres réservées pour les indiens ». Elle est toujours en vigueur de nos jours. Les hommes faisant partie d’une bande, leurs enfants et toute femme mariée à un indien sont considérés comme indiens. Une femme indienne se mariant avec un homme non-indien pert son statut.

D’ailleurs, ce statut exclut la personne de la pleine citoyenneté. Il faudra attendre 1961 pour que les Premières Nations puissent voter ou obtenir un diplôme sans perdre leur statut d’Indien. Le texte est perpétuellement réformé et contient quelques contradictions entre volonté d’assimilation et d’autonomie. Pour en savoir plus, on vous propose cet article (https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/loi-sur-les-indiens).

Les pensionnats

Appelés également écoles résidentielles, les pensionnats autochtones ont existé de 1820 à 1996 et avaient pour but l’assimilation, la scolarisation et l’évangélisation des jeunes autochtones. D’après les pouvoirs de l’époque, il fallait « tuer l’indien dans l’enfant ».

Ainsi, un jeune qui arrivait se voyait attribuer un nouveau nom, se faisait couper les cheveux, se faisait déshabiller et était sévèrement puni s’il osait parler sa langue maternelle. Faute de moyens, la plupart des pensionnats souffrait d’un manque d’hygiène et ne pouvait pas toujours nourrir les enfants. Le tout s’accompagnait de sévices physiques et sexuels. Les jeunes étaient enlevés à leur famille sans possibilité de revenir dans la tribu. Les pensionnaires gardent toujours des cicatrices et des traumatismes forts de leur passage dans ces établissements.

L’Église anglicane (1993), l’Église catholique (1991) et le gouvernement fédéral (2015) ont présenté leurs excuses pour cette période. En 2008, une commission a mené une enquête rendue publique en 2015 fait la lumière sur les agissements et les conséquences des pensionnats.

Sources: Le Devoir

Une réconciliation difficile mais nécessaire

Vous en avez sans doute peut-être entendu parler dans la presse, le sujet secoue le Canada en ce moment. Le gouvernement fédéral vient de publier une enquête très complète. 1200 pages de rapport pour 231 recommendations qui portent sur l’enlèvement et l’assassinat des femmes autochtones. On parle de plus de 1000 assassinats depuis les années 1980, dont 130 ces deux dernières années. Tout cela a été plus ou moins caché voire couvert par la police.

Le Canada se réveille donc devant cette terrible réalité. Les politiques n’hésitent pas à utiliser des mots durs pour qualifier la situation. Le rapport d’enquête sanctionne particulièrement le Québec en dédiant un sous-rapport complet à la situation dans la Belle Province. Si on attend les décisions et les suites à donner, c’est véritablement un séisme politique et juridique qui ne fait que commencer.

Le processus de réconciliation sera long et douloureux. Les préjugés envers les populations autochtones sont très ancrés (alcoolisme, chômage et délinquance). De plus, la confiance, notamment envers la police est durablement entâmée. Pour autant, il est impressionnant de constater que le sujet soit traité aussi ouvertement. C’est un très bel exemple de débat démocratique auquel nous assistons.

Malheureusement, la situation est identique du côté américain. Cependant, il y a fort à parier que le président actuel n’ait pas l’intention de s’occuper du sujet.

Quelle place pour les Premières Nations dans le Canada ?

La réponse est extrêmement différente d’une province à l’autre. Prenons l’exemple du Québec. Les Premières Nations disposent d’un statut particulier, leur donnant des avantages fiscaux, notamment dans les réserves. Cela favorise certaines activités comme la vente de tabac ou les casinos. En revanche, cela pose de nombreuses questions telles que: à partir de combien de « sang autochtone » est-on autochtone ? Pour les entreprises, il y a des avantages fiscaux si elles peuvent prouver qu’elles emploient des autochtones. Il s’agit des personnes ayant des origines à 1/8 autochtones.

Au Yukon, le débat est tout autre. Premièrement, il s’agit d’un territoire et non d’une province. Le gouvernement du Yukon est donc beaucoup moins indépendant que celui du Québec. Deuxièmement, la proportion de personnes Premières Nations y est bien plus importante. Ils repésentent 1,8% de la population québecoise pour environ 23% au Yukon. Ils possèdent donc un poids politique bien plus fort.

Ainsi, le gouvernement et les représentants des conseils des Premières Nations signent des accords de gestion autonome. Cela signifie que les communautés disposent de pouvoirs étendus sur les questions économiques, éducatives et sociales et culturelles. Actuellement, le gouvernement fédéral a signé 22 accords dont 11 au Yukon. Chaque communauté négocie au cas par cas le périmètre d’action, qui peut être renégocié tous les 5 ans. Nous avons ainsi pu visiter à Whitehorse le centre culturel des Kwanlin Dün qui abrite le siège du gouvernement de cette communauté.

Justin Trudeau (Premier Ministre du Canada) et Perry Bellegarde (Représentant des assemblées Premières Nations)
Sources: https://www.thecanadianencyclopedia.ca

Un débat brûlant qui commence

Encore une fois, il est extrêmement intéressant de voir sous nos yeux le débat en cours au Canada. La protection de la culture, des langues et la gestion des parcs nationaux semblent être les secteurs les plus prometteurs. Les partenariats avec les entreprises sont également privilégiés. Finalement, la question fondamentale restera l’équilibre à trouver entre intégration (assimilation ?) dans le Canada et autonomie (isolation ?). La discussion est lancée, nous en verrons le fruit dans le futur.

On vous propose d’écouter le chef héréditaire algonquin Dominique Rankin, qui parle avec beaucoup d’humour et d’émotion de ce qu’il a vécu.

La vidéo est un peu longue, mais on vous conseille de l’écouter jusqu’au bout.

Sources pour rédiger cet article

Gouvernement du Yukon: https://yukon.ca/fr/votre-gouvernement/le-yukon/les-premieres-nations-du-yukon
Musée virtuel du Canada: http://www.virtualmuseum.ca/sgc-cms/expositions-exhibitions/logan/fr/index.php?/md/fnation/yukonfn
Kwanlin Dun First Nation: http://www.kwanlindun.com/index.php/about
Kluane First Nation: https://kfn.ca/
Rapport d’enquête sur les disparitions de femmes autochtones: https://www.mmiwg-ffada.ca/fr/
Gouvernement du Canada – Entente Couronne – Autochtone: https://www.rcaanc-cirnac.gc.ca/fra/1100100032275/1529354547314
Image de couverture: https://www.thinglink.com/scene/512667297517666304

Xavier

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