Les histoires fantastiques de la Police à cheval du Yukon

Les histoires fantastiques de la Police à cheval du Yukon

Lors de notre visite à Carcross, nous avons pu visiter une petite exposition qui présentait les exploits de la Police à cheval du Yukon, ancêtre de la Gendarmerie Royale du Canada. C’est peu dire que ces hommes ont eu une vie dure, entre environnement hostile, équipement rudimentaire et missions de maintien de l’ordre pendant la ruée vers l’or du Klondike. Affublés de leur célèbre uniforme rouge et de leur chapeau à bord plat, nous vous racontons quelques unes des histoires incroyables qu’ils ont vécu.

Patrouille de la Police montée à Dawson, en 1900 (crédits: http://collectionscanada.gc.ca)

Faire beaucoup avec peu

Après la création de la Confédération Canadienne, le (premier) premier ministre McDonald décide de créer une force de Police à cheval dans le Nord Ouest. 300 hommes partent en grand uniforme avec pour but initial de mettre un peu d’ordre dans les flux de migrants, de contrôler le trafic de whisky et surtout de calmer la situation avec les Premières Nations qui vivaient assez mal l’arrivée de tous ces immigrants. Le vol, le meurtre et le massacre de villages autochtones sont monnaie courante et les tensions sont fortes.

La première tâche est donc un rôle de médiation, et la Police Montée signe de nombreux accords de non agression voire même de coopération. La force de l’ordre se mue parfois même en juge et applique les lois pour punir les quelques énervés qui avaient laissé le pays à feu et à sang. Malheureusement, pour couvrir un territoire allant du Manitoba à Yukon, les effectifs étaient insuffisants.

Malgré un renfort de 700 hommes, seulement 51 d’entre eux seront affectés pour tout le Yukon, un territoire de la taille de la France, rappelons-le. Finalement, la Police endossera le rôle de douanier, de maintien de l’ordre civil, de juge, mais aussi de facteur, de chirurgien et de rempart contre le grand banditisme. Évidemment, toutes ces missions devaient être réalisées avec les moyens du bord, c’est à dire très peu.

L’équipement standard

Encadrer la ruée vers l’or

Nous en avons un peu parlé, mais le Yukon est surtout connu pour la ruée vers l’or du début du XXe siècle dans la région du Klondike. Il fallait bien sûr encadrer tout cela, notamment le flux de personnes plus ou moins préparées, plus ou moins aimées de bonnes intentions. Les migrants arrivaient par la ville de Skagway (actuellement en Alaska) et devaient se rendre à côté de Carcross en passant par le célèbre sentier Chilkoot. On parle de plus de 100 000 personnes qui ont tenté l’ascension sur une période de quelques années.

Sources: Wikipédia

Compte tenu des conditions quelque peu extrêmes du Yukon à l’époque et la difficulté du voyage, la police a donc décidé de poser des conditions avant d’autoriser les migrants à passer au Canada. Il fallait disposer d’un riche et lourd équipement minier (nourriture et vêtements chauds inclus) pensant au total une tonne. Maintenant, si vous n’aviez pas de cheval ou d’âne, il vous fallait 68 aller-retour dans la neige à pied pour amener tout l’équipement requis jusqu’au bateau ! La police en profitait aussi pour réguler les armes et récolter une taxe de 25% sur les minerais récoltés.

Sources: Wikipédia

La ruée vers l’or du Klondike a la réputation d’avoir été particulièrement calme, sans grand débordement. En effet, malgré des lois fédérales canadiennes contrôlant strictement les mœurs, la police a décidé de tolérer un certain nombre de dérives. La Police préfère ainsi contrôler plutôt qu’interdire la prostitution, l’alcool et les jeux d’argent. Notre guide à Dawson nous a raconté que la Police Montée avait même refusé d’arrêter une célèbre prostituée locale sur ordre d’Ottawa. Les mineurs en effet l’appréciaient beaucoup (et elle était d’origine française). Ottawa a dû faire appel à des gendarmes de l’Ontario pour venir appréhender la vendeuse de charme. Comme quoi, pour garantir l’ordre, la Police sait aussi désobéir aux ordres.

Sources: Wikipédia

L’attaque du train

Cela pourrait être un scénario de film. Bill Miner est un bandit qui s’affranchit pas mal de la notion de frontière ou de loi. Avec ses deux comparses, ils sont connus pour des faits de vols à main armée aux USA et sont activement recherchés. En 1904, ils réussissent le premier braquage de train de l’histoire du Canada. Ainsi, ils dérobent 7 000 $, ce qui est énorme à l’époque. Ayant réussi à s’enfuir, ils récidivent deux ans plus tard, et attaque un second train. Quatre jours plus tard, une patrouille de la police montée canadienne trouve leur campement et lance l’assaut. Un des malfrats est touché à la jambe, mais la police réussit à arrêter la fine équipe.

Bill Miner, après son arrestation

Il s’évadera un an plus tard vers les États-Unis où il sera capturé à nouveau. La police montée gagnera un grand crédit auprès de la population pour avoir réussi à capturer la bande. Cette histoire ressemble tellement à un film, qu’ils en ont fait un film : The Grey Fox !

La patrouille perdue

On se souvient sans doute qu’une des missions de la police montée était d’assurer la livraison du courrier. Aussi, chaque année pendant l’hiver, une patrouille quittait Dawson City pour le Fort McPherson. Elle devait transmettre les lettres et dépêches sur une distance de 620 miles (soit 1 000 km). Un brave capitaine a l’idée audacieuse de changer les habitudes et propose de partir du fort plutôt que de Dawson. Un équipage de 4 hommes, 15 chiens et trois traîneaux quittent donc Fort McPherson en décembre 1910.

La fameuse patrouille, avant son départ de Fort McPherson

Ils décident tout d’abord d’utiliser les services d’un autochtone pour la première partie du voyage. Voyant que tout va bien, ils pensent pouvoir s’en passer et s’en remettent au Gendarme Spécial Sam Carter. Cette jeune recrue n’avait fait qu’une seule fois le chemin, et en sens inverse. Complètement perdue en janvier 1911, l’équipe n’a plus que quatre jours de vivres et décide de tenter de revenir vers le Fort. Affamés et malades, les hommes survivent en tuant et mangeant progressivement leurs chiens. Le 5 février 1911, dernière date inscrite dans le journal du capitaine, ils ne survivent pas. Deux sont morts de faim, un autre de froid et le dernier s’est tiré une balle.

À Dawson, on commence à s’inquiéter car la patrouille a un mois de retard. La ville envoie donc une autre équipe pour essayer de les sauver. En mars 1911, l’expédition retrouve finalement les corps et le journal du capitaine , à seulement 40 kilomètres du Fort McPherson. Si les patrouilles ont continué encore pendant 10 ans, les suivantes étaient obligatoirement composées d’un guide autochtone, et ce, pour toute la durée du voyage.

Le trappeur fou

Dans les années 30, un homme décide de s’installer dans les montagnes du Yukon et prétend vouloir vivre seul. En réalité, il terrorise et vole les pièges de chasse des autochtones. La Police doit intervenir et raisonner le trappeur. Il faudra une semaine pour retrouver sa cabane au fond des bois, pour trouver porte close. Les forces de l’ordre reparte pour obtenir un mandat de perquisition. Malgré une équipe policière renforcée, il les accueille avec des coups de feu, l’un est même grièvement touché.

Les autorités mettent en place un bien plus important dispositif: 42 chiens, des trappeurs et 10 kg de dynamite. On ne rigole pas avec la Police Montée. Pourtant, le trappeur tient le siège plus de 15 heures. Des autochtones se joignent à l’assaut, mais le désobligeant personnage a pris la fuite vers l’Alaska. Après 14 jours de traque acharnée, il tire à nouveau sur les poursuivants et tue un gendarme. Cela renforcera particulièrement leur envie de le capturer.

Pour la première fois de son histoire, la police fera appel à un avion pour retrouver et cerner le fugitif et meurtrier. Après une ultime fusillade, les gendarmes l’abattent. Il avait sur lui 32 pilules pour soigner les reins, plus de 2 000 dollars en liquide, deux bocaux en verre contenant des perles et des dents en or, 4 carabines et de nombreuses munitions. L’identité ou les motivations de ce trappeur restent à ce jour toujours un mystère.

Un nom qui change mais une devise qui reste

Finalement, au travers de ces histoires incroyables, les gendarmes sont restés fidèles à leur devise: maintiens le droit. On leur attribut aussi une citation en 1877: « la police attrape toujours son homme ». En 1920, le gouvernement fédéral réorganise les services et la police montée du Nord-Ouest fusionne avec un autre groupe de maintien de l’ordre pour devenir la célèbre et toujours existante Gendarmerie Royale du Canada.

Sources utilisées pour cet article

L’encyclopédie canadienne: https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/police-a-cheval-du-nord-ouest
La gendarmerie royale du Canada: http://www.rcmp-grc.gc.ca/fr/cas-evenements-et-personnes-celebres
La bibliothèque et archives du Canada: https://www.bac-lac.gc.ca/fra/decouvrez/pcno-dossiers-personnel/Pages/police-cheval-nord-ouest.aspx
Lieux patrimoniaux du Canada: https://www.historicplaces.ca/fr/pages/45_rcmp_grc.aspx

Xavier

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