Voyage au Yukon – Première semaine

Voyage au Yukon – Première semaine

Le vol

En quittant Vancouver, le ciel se couvrait et quelques gouttes faisaient leur apparition. Il était donc temps de prendre les valises vers le Yukon. Nous n’étions que 43 personnes à bord d’un relativement petit avion. Certains avaient de lourdes chaussures et s’apprêtaient sans doute à rejoindre les exploitations minières du nord de la province. D’autres arboraient des pieds-nus. Nous n’avions donc aucune idée de ce que nous allions trouver comme terrain sur place.

Durant le vol, en passant au-dessus des nuages, on pouvait apercevoir des massifs acérés, enneigés. Ce n’était pas qu’une poignée de sommets, ce fut le cas pendant deux heures de vol. De la montagne sans aucune habitation, aucune route pendant des centaines de kilomètres. Nous sommes bien dans le grand nord. Puis nous approchons de Whitehorse, notre destination. Sur notre gauche, vers le Pacifique, de hautes montagnes couvertes de neige, c’est le parc de Kluane. Sur la droite, une terre presque aride et enfin une ou deux habitations perdues. En descendant encore un peu plus, des lacs, des rivières aux couleurs d’émeraude et des forêts. C’est à couper le souffle. Il n’y a que deux avions dont le notre sur la piste. Nous voilà arrivés au Yukon.

Notre maison

Après une dizaine de kilomètres hors de Whitehorse, nous arrivons à l’agence de location grâce au directeur qui était venu nous chercher à l’aéroport. En quelques mots, il nous explique le fonctionnement des bombes anti-ours et nous recommande de rester dans le véhicule si jamais on en croisait un. C’était bien notre intention. Puis, nous découvrons notre futur maison roulante. Un énorme pick-up. Bien plus gros que celui que nous avions loué à Montréal (un F150). Il s’agit d’un Super Duty F350 de plus de 7 mètres de long, avec une maison sur le dos. Le moteur est un V10 soit le plus gros que nous n’avions jamais conduit. À l’intérieur, nous nous attendions à quelque chose de spartiate. Et bien, pas du tout: un grand lit au niveau du toit du camion, une douche, un réfrigérateur et un congélateur, un four, des plaques, deux éviers et une table avec deux banquettes. Le tout sur un pick-up. On va être très bien dedans ! On remarque également les nombreuses moustiquaires sur chaque ouverture. Un avertissement sans doute. Nous avons deux jours d’autonomie avec les batteries, il est temps de prendre la route.

La route

Nous avions pensé prendre un GPS. Puis, nous avons jeté un oeil à la carte. Il n’y que trois routes au Yukon. On devrait pouvoir s’en sortir, d’autant que la copilote hors pair qu’est Judith est un atout majeur. Un seul problème, il faut la maintenir éveillée, sinon elle s’endort, bercée par le roulis du véhicule et le soleil. C’est d’ailleurs cela qui l’a empêché d’apercevoir notre premier animal sur le bord de la route, un cheval sauvage. Notre pick-up avale les kilomètres, tangue avec le vent qui balaie la route mais arrache les obstacles grâce à une belle réserve de puissance. Les paysages sont tout simplement sublimes, un décor de carte postale, presque irréel. Ici des pins très denses et sombres, là une petite étendue de sable en plaine, et très rapidement, sans prévenir, des montagnes abruptes aux sommets enneigés. On retrouve des décors de westerns et on s’attend à voir surgir un cowboy, chapeau vissé sur la tête. Mais non, la route est presque vide.

I Love My Truck

En arrivant aux abords du parc national de Kluane, nous nous arrêtons pour déclarer notre présence dans le parc et surtout identifier où nous pouvons dormir. On souhaiterait éviter les endroits où sont les ours. On nous indique un lac. On demande combien coûte l’accès au parc, et on nous répond que c’est gratuit car il est bien trop compliqué de contrôler les entrées de Kluane qui fait plusieurs centaines de kilomètres carrés. Approchant du lac Kathleen, on se stationne un peu fatigués du voyage et on déclare notre emplacement sur un bout de papier laissé sur un poteau. C’est la première nuit, lumineuse (le soleil ne se couche qu’à minuit) et fraîche (car nous avions laissé les fenêtres ouvertes par 6°C).

La vie à bord du van

C’était l’une des questions du voyage, allons-nous réussir à vivre dans un petit espace dans la nature pendant deux semaines ? Nous avons rapidement trouvé nos marques et surtout nous sommes devenus bien plus rigoureux sur la vaisselle. Dès que l’on met le véhicule en mouvement, tout doit être rangé et fermé, donc notre espace de vie est d’une propreté incroyable. Nous avons un tableau de bord qui nous aide à gérer l’eau potable, le gaz et l’électricité. Nous surveillons aussi le niveau des eaux usées et nous ne sommes pas pressés de faire la première vidange … Nous avions acheté toutes les provisions nécessaires et mangeons très bien: salades, pancakes, fajitas et autres joyeusetés. Le plus agréable reste surtout la possibilité de sortir lire ou manger avec vue sur un lac et des montagnes. Le matin, le réveil au chant des oiseaux et au lever du soleil est vraiment incroyable. Pour le moment, nous aimons la vie en van !

Notre salle à manger

Kathleen Lake et King’s Throne

Après avoir étudié le plan du parc sous toutes les coutures, nous avons jeté notre dévolu sur une randonnée nommée le trône du roi (King’s Throne). Nous avions passé la nuit à côté du Lac Kathleen qui est surplombé par une large montagne, creusée, en forme de trône pour géant. Nous avons quelques 550 mètres de dénivelé à franchir en 2 kilomètres. Le chemin d’approche est très agréable, en sous bois. Nous chantons et parlons fort pour éviter les mauvaises rencontres.

Soudain, dans un virage, Judith s’immobilise. Une boule marron au bout du chemin. Premier réflexe, main sur la bombe anti-ours, pour finalement se rendre compte qu’il s’agit d’un gros porc-épique. Toujours pas d’ours donc. Nous arrivons finalement à flanc de montagne, d’un coup le chemin se fait plus raide et rapidement, la végétation disparaît pour laisser place à un champ de pierres. L’ascension devient vraiment plus sportive et nous étions beaucoup trop couvert pour la température et l’effort. Péniblement, nous grimpons la pente très raide, il faut parfois s’aider des mains.

Enfin, la récompense. Arrivés au sommet du trône, nous avons une vue dégagée sur le lac et la vallée environnante. Un bleu profond au centre et presque verte, turquoise sur le bord des plages. Partout une forêt très dense, d’un vert profond. Autour de nous, de la neige malgré les 16°C promis par la météo, ainsi que quelques marmottes surprises de nous voir. Le sentier s’arrête ici, mais le parc autorise de continuer l’ascension sur un chemin de crête jusqu’au sommet vers les glaciers.

Étant peu enthousiastes à l’idée de traverser des étendues de neige sans connaître les lieux, nous préférons rebrousser chemin. Le parc propose plusieurs types de circuits. Il y a les sentiers balisés, avec peu de dénivelé, considérés comme facile. Viennent ensuite les sentiers avec franchissement de rivière, avec des dénivelés considérables (sic), appelés moyens. Ensuite, il y a les sentiers dits difficiles, non balisés avec plusieurs franchissement de rivières, nécessitant une carte topographique et une boussole et qui prennent plusieurs jours à parcourir. Nous nous contenterons étrangement des sentiers faciles à moyen ! Toujours est-il que le parc est superbe et que les sentiers balisés sont très agréables.

Kluane

Dans le parc, se trouve la ville fantôme de Silver City, ancienne exploitation minière. Sans les indications du pilote de notre avion, nous n’aurions jamais trouvé. En s’engageant sur une route de terre sur quelques 4 kilomètres, nous nous retrouvons parmi des habitations en bois rond dont le toit est effondré. En faisant le tour des bâtiments, nous nous amusons à essayer de deviner l’usage de tel ou tel maison: ici un poulailler, là un chenil … La végétation a repris ses droits et on s’imagine difficilement les conditions de vie que pouvait offrir le lieu.

Un peu plus loin sur la route, on peut apercevoir des bouquetins à flanc de montagne. Chaque jour, à la maison du parc, les gardes sortent de grandes jumelles pour les compter. Nous continuons encore peu sur l’autoroute pour trouver notre prochaine air de camping. L’enceinte est grillagée et électrifiée pour empêcher les ours et les renards de venir sur le site. Nous serons donc à l’abri des mauvaises surprises. Nous trouvons un petit emplacement qui donne sur le lac Kluane, immense et entouré de montagnes tantôt couvertes de neige, tantôt lunaire, poussiéreuses. Encore une fois, il est difficile de rendre compte de l’énormité, des grandioses dimensions du lieu. Le regard ne peut pas tout embrasser d’un coup. Il n’y a personne, pas de maison, pas de construction. Simplement une nature sauvage et libre. C’est très beau.

Au pays des ours – Randonnée à Sheep Creek

Les noms des sentiers sentent bon le grand Ouest: Sheep Creek, Cariboo Mountain, Silver City … Suite à des petits problèmes mécaniques, notre excursion en avion est reportée au lendemain. Nous profitons donc de l’occasion pour tenter une nouvelle randonnée. En début de sentier, les avertissements concernant les ours se font beaucoup plus pressants. Nous sommes sur le territoire du grizzli. On applique donc à la lettre les comportements recommandés. On fait beaucoup de bruit et nous portons à la ceinture la bombe anti-ours. La montagne est également le terrain de jeu des mouflons sauvages, qu’ils ne faut pas approcher non plus. Après une route cahoteuse d’approche qui fera remonter le contenu du réservoir d’eau sale, nous arrivons au départ du sentier.

Une pancarte rend hommage à une femme victime d’une attaque d’ours. Le ton est donné. Nous chantons à tue-tête, tapons dans les mains et commençons l’ascension. Après quelques kilomètres nous arrivons à un point de vue sublime sur la vallée. Tout y est, le sable, les canyons rocheux, les montagnes et la plaine aride. Les mouflons aussi, au milieu du chemin. Prudemment, nous les repoussons sur le flanc de la montagne. Judith, qui n’était déjà pas très rassurée, pose son regard sur le sol. Une trace ronde accompagnée de 5 petits ronds. Puis une autre, puis beaucoup. Elles sont fraîches, elles recouvrent les traces de pas des précédents randonneurs. Un ours est là, quelque part. Nous faisons demi-tour en chantant encore plus fort, et rentrons en un temps record à la voiture. Pas d’ours cette fois.

Faux départ pour Mt Logan

Hier, nous devions prendre un petit avion équipé de ski pour se poser sur un glacier au pied du Mont Logan, la plus haute montagne du Canada. Le démarreur de l’avion ne voulant pas démarrer, notre vol a été reporté d’une journée. Des alpinistes ayant passé une semaine en refuge sur la montagne se sont retrouvés coincés une nuit de plus. Malheureusement pour nous, la météo d’aujourd’hui, venteuse et très nuageuse ne nous a pas permis de voler. L’avion ne pouvant se poser sur le glacier à cause des vents violents, les alpinistes sont restés une seconde nuit supplémentaire là-haut.

Nous décidons donc d’abandonner l’excursion en avion et de prendre la route vers l’Alaska. Nous faisons le plein de notre monstre, très gourmand, à Destruction Bay, un village appelé ainsi car il a été détruit par une tempête. On ne se pose donc plus la question de l’origine de certains noms: Deadman Lake, White River, Beaver Creek… Destruction Bay fait partie du réseau des stations situées tous les 100 miles sur l’autoroute de l’Alaska. Ce réseau ainsi que la route ont été créés par les américains qui craignaient une invasion japonaise par l’Alaska après Pearl Harbor. Cela a mis fin à l’isolation du grand Nord, a permis le développement de l’industrie du bois et des mines. La construction ne fut pourtant pas une partie de plaisir, notamment avec des sols gelés très durs à creuser et très instables une fois goudronnés.

Sur la route toute la sainte journée …

La route vers l’Alaska

On fait avec les moyens du bord

Pour reprendre le temps laissé à attendre l’avion, nous décidons de prendre un raccourci pour rejoindre Dawson City. La route passe par les USA en Alaska. Le passage de la douane se fait sans aucun soucis, avec des douaniers américains très aimables mais ne souhaitant pas laisser entrer sur le territoire américain de dangereuses tomates et avocats achetés au Canada. Nous voici en Alaska, ce côté de la frontière est étrangement beaucoup plus vert, avec de nombreux feuillus et des collines à la place des montagnes. En poussant encore plus vers le nord, nous découvrons une terre qui a été ravagée par les incendies en 2004, incendies qui ont duré de juin à novembre, seulement stoppés par les premières neiges.

Capable de retourner la terre et de trouver de l’or, à Chicken, on a trouvé la poule aux œufs d’or

Un peu fatigués, nous décidons après la lecture attentive d’un livre de voyage laissé par l’agence de location de nous arrêter pour la nuit à Chicken City. Nous y retrouvons les restes d’une mine et son excavatrice flottante. La ville ne compte que 23 habitants à la haute saison et seulement 7 à l’hiver, malgré une mine d’or toujours en activité un peu plus loin. Nous faisons un tour dans Downtown Chicken, le centre-ville, composé du bar et du magasin général. Les gens sont adorables, d’une grande hospitalité et nous en profitons pour acheter un CD du festival de country local, le Chickenstock. À l’origine, ils voulaient appeler la ville ptarmigan (poulet en langue locale), mais personne ne s’accorda sur une orthographe et ils choisirent Chicken (poulet en anglais) à la place.

Au réveil, Judith ouvre la porte du van pour tomber nez à nez avec un orignal. Les deux en furent choqués.

Viens prendre le café à la maison

Top of the World Highway

Les plus anglophones auront traduits Highway par autoroute. Sauf que dans ce cas, il s’agit d’une piste de terre tassée qui serpente en montagne. Au-delà des soubresauts et des virages aveugles, la route est superbe, passant de vallées en vallées, longeant une rivière très agitée. Parfois, au détour d’une méandre, un ancien site de prospection voire un site toujours actif. Nous avons pris la route tôt pour avoir le temps de voir Dawson City, mythique cité de la ruée vers l’or du Klondike.

Quelque part en Alaska

Face à nous, au milieu de la route se tient un lynx qui s’enfuie rapidement. Des lapins courent aussi devant le capot, mais c’est moins dépaysant. Nous arrivons après plus d’une heure de chemin au poste frontière, petite cahute plantée sur un col entre deux plaques de neige. Bienvenue au Canada. Et de nouveau, une autre heure de terre et de caillou pour redescendre la montagne, cette fois-ci sans visiteur. Enfin, la route s’arrête. Nous apercevons la ville, mais la rivière Yukon nous en sépare. Il faudra prendre un traversier pour rejoindre ce côté de la civilisation.

Autoroute qu’ils disaient

Dawson City

Merci de laisser vos chevaux à l’entrée

Célèbre ville de la ruée vers l’or du Klondike dans les années 1895, Dawson City jouit d’une réputation de ville du vice. Il faut dire que ce trou perdu a accueilli 40.000 habitants, majoritairement des hommes venus creuser les rives du Yukon à la recherche de précieuses pépites. Ainsi, c’est plus de 28 tonnes d’or qui seront extraites durant la seule année 1900. Aujourd’hui encore, une tonne et demie sort de terre chaque été.

Pour l’épicerie

Les histoires de la ruée sont fameuses. On parle de familles ayant subi de plein fouet la crise économique et qui décident de tout plaquer et de partir dans les seuls territoires encore inexplorés du Nord. Un pêcheur trouve un jour une grosse pépite, et la rumeur est lancée. En l’espace de deux ans, la ville est créée, avec ses saloons, ses maisons closes et ses salles de jeux. Le tout en pleine période de prohibition. Il est raconté que la police locale a refusé d’intervenir malgré les ordres venus d’Ottawa, car tout cela était vu comme un mal nécessaire pour maintenir un semblant d’ordre. La ville a subit de nombreux incendies, d’inondations et autres joyeusetés, mais le plus dur est sans doute le sol lui même, composé de terres perpétuellement gelées appelées permafrost. Quand, pour tenir l’hiver, on chauffe fort sa maison, le sol fond et la maison s’enfonce. La plupart des maisons toujours debout sont donc posées sur le sol sans fondation.

Judith s’essayant au French Cancan

L’atmosphère qui se dégage de la ville est très étrange, comme figée à la fin du XIXe siècle. Le service des Parcs du Canada a pu conserver certains bâtiments, y compris une maison close tenue par une française qui a raccroché les jupons en 1967 après 27 ans de carrière. Nous rejoignons un camp gouvernemental pour la nuit, une forte grêle se met à tomber. Nous n’irons pas au concert au saloon ce soir.

Xavier

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